Récemment, un binôme de l’équipe des Fondations s’est rendu en Ouganda pour rencontrer les organisations Right To Play et Teach For Uganda. Actives dans le domaine de l'éducation, ces deux ONG contribuent à améliorer les perspectives d’enfants et de jeunes en situation de vulnérabilité.
Les Fondations Audemars Piguet agissent en faveur de l’environnement, l’équité sociale et l’éducation. En complément des financements qu’elles accordent à des organisations à but non lucratif dans ce cadre-là, elles identifient les bénéficiaires des fonds récoltés lors des ventes aux enchères caritatives organisées par Audemars Piguet. Récemment, un binôme de l’équipe des Fondations s’est rendu en Ouganda pour rencontrer, entre autres, les organisations Right To Play et Teach For Uganda, respectivement soutenues par Audemars Piguet et par la Fondation Audemars Piguet pour le Bien Commun. Ces deux ONG contribuent à améliorer les perspectives d’enfants et de jeunes en situation de vulnérabilité. Leur impact repose sur l’engagement d’acteurs de terrain et de responsables de programmes passionnés, déterminés à agir concrètement en faveur de la jeunesse ougandaise.
Les défis éducatifs d’une société jeune et plurielle
Situé sur l’Équateur, en Afrique de l’Est, l’Ouganda fait partie de la région des Grands Lacs. Le pays est divisé en 146 districts répartis en quatre zones géographiques principales (Nord, Est, Ouest et Centre). Sa population est constituée d’une quarantaine d’ethnies distinctes, toutes possédant leur propre dialecte. Ainsi, bien que l’anglais et le kiswahili (secondairement) soient aujourd’hui les langues officielles du pays, la majorité des Ougandais ne les maîtrisent pas.
Outre sa remarquable diversité, la population ougandaise se caractérise également par sa jeunesse. Le pays, dont le taux de natalité est parmi les plus élevés au monde, totalise près de 36 millions de jeunes de moins de 30 ans, soit environ 77% de sa population avoisinant les 47 millions d’habitants.
Ce phénomène démographique amène l’Ouganda à faire face à des défis significatifs en matière d’éducation et d’opportunités économiques. La multiethnicité, qui représente en soi une richesse inestimable, exacerbe parfois ces obstacles.
Malgré les efforts du gouvernement, les infrastructures éducatives peinent à suivre le rythme des naissances. L’accès à une éducation de qualité est limité, surtout dans les zones rurales, où les taux de décrochage scolaire, souvent justifiés par des raisons socio-économiques, sont encore très élevés.
Révéler le potentiel des jeunes par le jeu
Right To Play est une organisation internationale à but non lucratif dont la mission est de protéger, éduquer et renforcer l’autonomie des enfants et des jeunes en situation de vulnérabilité. Son travail repose sur l’apprentissage par le jeu, une méthode active et expérientielle. Chaque année, elle forme et soutient plus de deux millions d’enseignants, de formateurs et de coachs communautaires dans 15 pays pour leur permettre d’intégrer l’apprentissage par le jeu dans leurs pratiques. Cela aide les enfants et les jeunes à développer des compétences sociales, émotionnelles, cognitives et physiques, améliorant ainsi leur autonomie et leur capacité à apprendre. Les parents et les professionnels de la santé reçoivent aussi du soutien pour encourager l’instruction des enfants. Grâce à cette approche, Right To Play a un impact significatif sur la vie des jeunes dans quatre domaines d’intervention principaux : l’éducation de qualité, l’autonomisation des filles, la protection de l’enfant, ainsi que la santé et le bien-être.
En Ouganda, où Right To Play est présente depuis 2001, l’organisation a élaboré cinq programmes s’inscrivant dans ces domaines d’intervention. Deux d'entre eux, Play To Grow et Tusobola Project, ont bénéficié d'une donation d’Audemars Piguet issue de la vente aux enchères d’une montre en édition unique, créée en collaboration avec le designer américain Matthew Williams et sa marque 1017 ALYX 9SM. Ces initiatives ont été identifiées par les Fondations Audemars Piguet, qui contribuent à sélectionner les ONG bénéficiaires de ce type de donations et assurent le suivi à long terme des projets financés.
L’initiative Play To Grow se concentre sur l’éducation parentale, en mettant l’accent sur l’apprentissage précoce à domicile pour favoriser le développement global et académique des compétences. Elle comprend, entre autres, des visites à domicile réalisées par des animateurs d’éducation parentale, ainsi que des groupes de soutien psychosocial pour les parents. En Ouganda, les parents formés à la parentalité réactive ont constaté une amélioration des compétences socio-émotionnelles et du comportement de leurs enfants, avec des taux passant de 21% à 46% en six mois.
Tusobola Project vise à stimuler l’apprentissage de jeunes en situation de vulnérabilité dans un contexte post-pandémique. L’objectif est notamment de leur offrir une éducation de qualité dont les résultats intègrent une composante sanitaire. L’école primaire de St. Jude, située sur la colline de Naguru, à l’est de Kampala, a ainsi pu offrir à ses élèves une série d’activités formatrices mises en place et encadrées par Right To Play. Filles et garçons réunis en clubs travaillent autour de notions comme l’entreprenariat, l’hygiène, le genre ou la protection environnementale, toujours abordées à travers le jeu. Le recyclage est par ailleurs promu dans le cadre d’un potager communautaire entretenu par les enseignants et les élèves. Ces activités d’apprentissage ludiques, qui sensibilisent les jeunes à différentes thématiques clés, permettent également d’établir des liens privilégiés avec les adultes, dont l’importance est capitale. En effet, ces relations favorisent l’échange et, par conséquent, la résolution de problèmes touchant les jeunes et conduisant à l’absentéisme ou l’abandon scolaire.
Right To Play peut compter sur un partenariat avec le ministère de l’Éducation et des Sports ougandais, qui facilite son intervention au sein des écoles. Depuis son initiation en avril 2023 à décembre 2025, le projet Tusobola devrait avoir pu profiter à 4'300 élèves et 60 enseignants, ainsi qu’à 1'400 jeunes en dehors du système scolaire et 40 coachs bénévoles.
Les coachs jouent un rôle essentiel dans l’atteinte des objectifs de Right To Play. Souvent issus des communautés qu’ils accompagnent, ils connaissent l’environnement dans lequel elles évoluent et les problématiques auxquelles elles sont confrontées. À Kinawataka, l’un des plus grands bidonvilles de Kampala, les coachs avec lesquels l’organisation travaille (et qu’elle forme) appartiennent à un groupement communautaire local, le Christian Youth Missionary Group Kinawataka (CYMGK). Composé de 34 membres, ce dernier coordonne plusieurs activités de formation pratique et comportementale développées en partenariat avec Right To Play pour répondre aux difficultés rencontrées par les jeunes du quartier. Parmi ces problèmes figurent une gestion inadéquate des déchets, des installations sanitaires et des conditions d’hygiène insuffisantes, ainsi que des enjeux tels que des taux de criminalité et de grossesses adolescentes élevés.
Le sport occupe une place prépondérante parmi les activités proposées. Par exemple, la discipline positive est enseignée aux jeunes lors de matchs de football, qui constituent des mises en situation idéales pour intégrer des valeurs telles que le respect mutuel, l’encouragement, la communication, la collaboration et la résolution de conflits. La positivité et l’esprit de communauté qui émanent du jeu sont cruciaux dans un contexte comme celui de Kinawataka. Ils participent à forger la résilience des jeunes en leur fournissant des outils pour surmonter l’adversité et en les aidant à envisager un avenir meilleur.
Former les leaders éducatifs et communautaires de demain
Le travail de Teach For Uganda, soutenu financièrement depuis 2024 et pour trois ans par la Fondation Audemars Piguet pour le Bien Commun, concourt également à offrir un futur prospère à la jeunesse du pays. L’ONG a pour mission de former des jeunes universitaires diplômés de diverses filières (appelés «fellows») à devenir des enseignants et des leaders engagés auprès de communautés où l’accès à une éducation de qualité est limité. Les fellows intègrent un programme de formation de deux ans durant lesquels ils s’engagent à enseigner dans des écoles défavorisées, souvent situées dans des zones rurales. Sous la supervision d’un coach de Teach For Uganda, ils travaillent en tandem avec des enseignants titulaires. Les duos ainsi créés s’entraident : la présence des fellows allège la charge des enseignants – dont les classes peuvent parfois excéder la centaine d’élèves –, qui, en retour, transmettent leur savoir aux jeunes diplômés.
Barbara, Charles, Dorah, Maureen et Willy arrivent au terme des deux années de formation qui les ont conduits à Kayunga, à environ 75 km au nord-est de Kampala. Leurs parcours académiques variés ne les prédestinaient pas à rejoindre le système éducatif. Pourtant, à l’exception de Willy, tous désirent aujourd’hui poursuivre leur carrière dans l’enseignement. Au-delà des connaissances et des compétences acquises grâce à Teach For Uganda, ces fellows se sont découvert une véritable vocation, amplifiée par l’impact qu’ils ont eu au sein des écoles et des communautés où ils ont été placés.
Dorah et Willy enseignent à l’école primaire Nabunganyi Church of Uganda, où 638 élèves sont enclassés pour neuf enseignants. Depuis leur arrivée, le taux de présence des enfants à l’école a considérablement augmenté, comme le souligne fièrement Willy: «Lorsque je suis arrivé, ma classe comptait 48 enfants. Aujourd’hui, ils sont près d’une centaine.» Les fellows de Kayunga ont initié de nombreux projets pour lever les freins à la présence des enfants en classe. «La nourriture a représenté un gros challenge», poursuit Willy. «Certains enfants ne mangent pas de la journée, et reviennent à l’école le lendemain sans avoir rien mangé encore. Dans ces conditions, il est difficile pour eux de se concentrer et de participer aux activités.» Sous l’impulsion de Dorah et Willy, et avec l’approbation et le soutien du directeur de l’école, des parents d’élèves et de la communauté, du maïs a été planté sur le terrain de l’établissement. Cela permet de préparer du porridge pour le repas de midi des enfants et de leur fournir de la nourriture à emporter pour le soir.
Des tournois de football ont également été organisés à Kayunga par les fellows pour attirer les enfants à l’école. «Nous avons constaté une réduction de 90% du taux d’absentéisme grâce au football, ainsi qu’une diminution de 40% des comportements inappropriés», relève Charles. «Le football est un outil remarquable pour apprendre le respect et la collaboration aux enfants.» Willy, qui envisage de créer une entreprise sociale dédiée à l’intégration des filles dans le sport, est allé plus loin encore en ouvrant les tournois aux filles qui ne sont pas scolarisées.
En classe, les fellows dégagent une aura fascinante et savent captiver l’attention des élèves. Les méthodes d’enseignement appliquées sont dynamiques et participatives, axées sur l’interaction et la bienveillance. Les enfants sont encouragés à s’exprimer à travers différentes formes de félicitations: applaudissements en rythme, mouvements de mains simulant des jets de fleurs, ou slogans sont utilisés pour célébrer les contributions des élèves.
Entre eux, les fellows de Teach For Uganda font preuve de la même gentillesse et solidarité. «Nous sommes une famille», affirme Maureen. «Nous nous voyons fréquemment en dehors de l’école, et nous nous entraidons, parfois même financièrement. Nous réfléchissons ensemble aux problèmes que nous rencontrons et travaillons en commun à leur résolution. C’est un travail d’équipe !»
Pour le directeur de l’école primaire Nabunganyi Church of Uganda, l’aide fournie par les fellows a été formidable. Il se réjouit des progrès qu’ont faits ses élèves, mais également de tous les changements systémiques qu’il a constatés à l’échelle de sa communauté. Bien plus que de «simples» enseignants, les fellows de Teach For Uganda sont de véritables leaders communautaires dont l’implication a un impact positif direct sur le quotidien des jeunes et leurs perspectives.